Ce mercredi, nous sommes allés à la rencontre d’investisseurs en Allemagne. L’un des sujets de discussions était le retour en grâce potentiel du style d’investissement value. Logiquement, notre argumentation s’est fondée sur la hausse des taux d’intérêts, les valorisations basses des titres value par rapport aux titres de croissance ainsi que la solide capacité bénéficiaire des sociétés dans lesquelles nous investissons.
Un de nos prospects m’a alors avoué qu’il avait le sentiment que les marchés d’actions européennes étaient pour le moment coincés dans une sorte de « no man’s land » entre les stratégies de momentum en perte de vitesse et la gestion value n’ayant pas encore retrouvé la gloire dont elle bénéficiait avant la crise financière.
Interloqués, nous avons examiné de plus près ce concept de “no man’s land” sur Wikipedia et avons découvert la définition suivante:
« Durant la 1ère guerre mondiale, le no man’s land variait souvent de plusieurs centaines de mètres à moins de 10 mètres dans certains cas. Fortement défendu, des deux côtés, par des mitrailleuses, des mortiers ainsi que par l’artillerie et les tireurs, il était souvent parsemés de barbelés et de mines terrestres rudimentaires ainsi que de cadavres et de soldats blessés qui n’étaient pas parvenus à traverser la mer de balles, d’explosions et de flammes. Cette zone était généralement dévastée par les combats et criblée de cratères d’obus d’artillerie et de mortiers et parfois également contaminée par des armes chimiques. Le no man’s land était exposé aux tirs des tranchées opposées et les difficultés de passage rendaient toute tentative d’avance compliquée. Cependant, non seulement les soldats étaient obligés de traverser cette zone pour avancer, ainsi qu’en cas de repli mais après les combats, les brancardiers devaient également s’y aventurer pour en ramener les blessés ».
Maintenant, pouvons-nous ramener ce concept à la situation actuelle sur les bourses européennes?
En tant qu’investisseurs de long terme, nous préférons généralement ne pas commenter les mouvements à court terme des marchés. Cependant, nous nous trouvons probablement actuellement à un tournant important du cycle boursier. Il est donc pertinent de s’y intéresser de plus près.
Le graphique ci-dessous compare la performance, en Europe, des indices Value, Growth, Value SMID et du marché dans son ensemble depuis la fin septembre.
Source: Bloomberg, indices net return. Données du 28/09/18 au 08/11/18. Les performances passées ne présagent pas des performances futures.
Et en effet, il ressort de ce graphique que l’observation de notre prospect était tout à fait pertinente!
D’un côté, la gestion de croissance a souffert plus que toutes les autres stratégies et ne s’est pas encore reprise depuis. Cependant, il faut noter que, depuis le début de l’année, la performance de l’investissement de croissance dispose toujours d’une avance confortable par rapport à la gestion value.
De l’autre côté, le style de gestion Value s’est mieux comporté que la gestion de croissance et que le marché. Mais, à nouveau, une analyse plus fine confirme que ce n’est vrai que pour les titres value de grandes capitalisations et pas pour le segment des petites et moyennes valeurs qui a performé en ligne avec le marché. les sociétés de petites et moyennes capitalisations offrent récemment de moins bonnes performances dans la foulée d’une augmentation de l’aversion au risque incitant les investisseurs à retirer des liquidités du marché.
Pour revenir à l’analogie du “no man’s land” de la 1
ère guerre mondiale, il est aussi correct de dire que nous identifions actuellement un certain nombre de mines dans les marchés boursiers. Les investisseurs ont ainsi sévèrement sanctionnés le cours de bourse des sociétés qui ne remplissent pas leurs objectifs trimestriels. Ainsi, récemment le cours de bourse de sociétés telles que G4S et ATOS ont baissé de respectivement 17% et 20% à la suite de la publication de leurs résultats. Nous remarquons également de nombreux cadavres et de soldats blessés sous la forme de boutique qui jettent l’éponge et quittent l’industrie. Cette semaine encore, le hedge fund londonien, Astellon, a annoncé sa décision de rendre l’argent à ses clients et de se transformer en familly office. D’après Bloomberg, la société explique cette décision dans une lettre aux investisseurs par le commentaire suivant : «
L’environnment de marché pour des stratégies value fondamentale est devenu ces dernières années de plus en plus difficile ».
Dès lors, pour combien de temps encore allons-nous rester dans ce “no man’s land”?
Alors qu’il est difficile de tirer une conclusion définitive sur la durée de cette période d’incertitude,
nous sommes convaincus que, en tant qu’investisseurs value, nous sommes dans le bon camp ; celui qui finira par gagner la guerre :
une approche d’investissement fondamentale qui consiste à investir dans des sociétés solides à des valorisations basses a historiquement toujours été la stratégie gagnante en période de hausse des taux.